Interview de Jean-Pierre Coffe par Valérie Beck
On aime sa gourmandise non simulée, ses coups de gueule contre la malbouffe, ses recettes simples et accessibles à tous. Jean-Pierre Coffe a le don pour nous cuisiner aux petits oignons.
Avec son comparse Michel Drucker, il a réuni dans un livre les petits plats préparés chaque dimanche pour les invités de Vivement dimanche prochain.
Du tiramisu de Monica Bellucci, au couscous à la viande de boeuf et aux légumes de Jean-Claude Brialy, en passant par le lapin à la moutarde de Dominique Strauss-Kahn, on a envie d'essayer toutes ces recettes, sucrées ou salées.
Il manque une recette dans ce livre, c'est la vôtre.
Ah, j'aurais probalement demandé une blanquette de veau, ou un kougloff.
Dis-moi ce que tu manges, et je te dirai qui tu es ?
Je pensais que cet adage-là était une véritable bêtise, car il ne m'avait jamais paru se vérifier avec acuité. Mais en réalité, quand on a affaire à ces gens, oui, on a une vraie idée de leur personnalité.
Evidemment, c'est un portrait très superficiel, limité à un rien, mais je crois par exemple qu'on voit bien dans le portrait que Sabine Azéma qui aime le sucré est une femme très gentille, délicate, une vraie chatte sensuelle et très féminine.
Quand Poolvorde aime les boulettes de sa maman et dit préfèrer aller plutôt chez Quick que chez MacDo, ce n'est pas de l'humour : c'est un type qui est resté très simple et modeste malgré la notoriété. C'est ce qu'il aime vraiment, c'est très respectable finalement.
Une surprise, peut-être, l'andouillette de Jean-François Coppé ?
Non. Vous savez bien qu'il y avait un éminent politicien de la IIIème République, Henri Heriot, maire de Lyon et président de l'assemblée nationale, qui disait « L'andouillette, c'est comme la politique, il faut que ça sente un peu la merde ». C'est tout à fait un plat de politicien.
Qu'est-ce qui vous intéresse tant dans la cuisine ?
Les possibilités qu'elle offre à la convivialité, au partage, à la générosité, à la découverte des autres. La cuisine, c'est l'histoire du monde.
Si on veut bien réfléchir deux minutes, prenez simplement le pain qui est quand même le truc le plus banal que l'on mange sans y prêter attention. Personne ne pense à l'origine du pain, on va vous dire au mieux, c'est du blé. Mais, qu'est-ce que c'était ? Imaginez au Paléolithique ces premiers hommes qui ont osé manger cette tige avec des graines. Puis ils sont devenus sédentaires, l'ont plantée, ont remarqué que quand on mâchait les grains de blé dans la bouche, ça faisait une espèce de pâtée avec à la salive. Ils ont mis de l'eau, se sont rendus compte que c'était meilleur quand on enlève l'écorce, ont découvert comme ça la farine blanche, et ainsi de suite.
Ce simple morceau avec lequel vous saucez le beurre dans lequel vous avez fait cuire votre entrecôte, c'est l'histoire de l'humanité.
Et aujourd'hui, que pensez-vous de cette mode de la cuisine moléculaire ?
Je n'en pense rien, elle passera comme toutes les modes. Les chinois ont tout inventé en matière d'originalité culinaire. Je ne vois rien de spectaculaire, ça va s'arrêter. Je ne suis pas pour le produit transformé.
Ma philosophie, si tenté que j'en aie une, c'est quand même le respect du produit. Il n'est pas fait pour être déshonoré, transformé, abîmé, mais pour être exalté et présenté au mieux dans ses goûts et sa forme. On a affaire à des gens qui croient inventer ce qui a déjà été fait partout. Comme les cuisiniers qui prétendent qu'ils ont inventé la cervelle aux écrevisses. C'est parce qu'ils n'ont pas lu Menon, le cuisinier de Louis XV.
Retrouvez Jean-Pierre Coffe dans Ca se bouffe pas ça se mange, les samedis à 12h05 sur France Inter.
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