"La cuisine ne doit pas devenir une mode, avec ses victimes et ses leaders..."
Portrait du blogueur en architecte culinaire !
22 ans, étudiant en architecture entre Paris et Bruxelles.... Stéphane, passionné de cuisine, nous compte avec une bonne doss d'humour ses aventures gustatives... Nous avons l'impression de participer sur son blog à une expérience sociologique culinaires.
Ces nombreuses ballades dans les épiceries exotiques et dans les boutiques proposant du matériels et fournitures de cuisine l'inspire....
Lecteur de nombreux livres culinaires, il met en pratique les recettes qu'il aime et nous les fait partager de manière drôle et sérieuse...
Son faible, les desserts. Et son blog propose de nombreuses recettes sucrées ! Il a aussi un autre gros faible pour les fruits et les légumes...
Pour partager les aventures de Stéphane, l'architecte culinaire, rendez-vous sur son blog
"Passion Fusion". Un blog à part !
"Je ne supporte pas les frileux du palais...."
Découvrez l'interview de Stéphane !
Pourquoi se décider un beau jour à créer son propre blog ?
J'ai découvert les blogs en général un peu par hasard en janvier 2006, en cherchant sur Internet des infos à propos de mon quartier à Paris. Je suis tombé assez rapidement sur Chocolate & Zucchini, et j'ai commencé à lire quelques blogs de cuisine. J'ai longtemps hésité avant de créer le mien, je ne me trouvais pas de raison de le faire... Puis j'ai eu envie de participer aux événements du type IMBB, SHF ou KKVKVK (comme des « brainstormings » autour d'une recette, un ingrédient...). Et voilà, début mai, c'était fait.
Maintenant j'y participe plutôt rarement, j'ai trouvé d'autres motivations ;-)
Vous vous faites plaisir ? Cela vous a apporté quoi ?
C'est avant tout pour me faire plaisir, je pense (j'espère) que ça doit être le cas pour la plupart des blogueurs. Je n'en retire d'ailleurs rien d'autre que du plaisir... j'ai préféré ne pas mettre de publicités « à rémunération » et je suis parfois ennuyé de voir à quel point celles-ci sont populaires sur les blogs (d'autant que Canalblog nous impose déjà une bannière de publicité que je payerais volontiers pour faire disparaître...). J'avais beaucoup plus de temps au début, je publie moins maintenant mais je réfléchis plus à ce que je raconte, et j'y prends d'autant plus de plaisir. C'est un moyen de parler de ce qui m'intéresse avec d'autre passionné(e)s, même si je dis sans doute beaucoup de n'importe quoi.
Le blog m'apporte beaucoup, dans la mesure où les trucs de grand-mère comme les secrets des chefs se retrouvent assez vite sur Internet. Et puis j'ai eu un colis de Noël venant de Pennsylvanie, alors...
Le fait d'avoir un blog améliore largement ma manière de cuisiner au quotidien sans doute, et je reste au courant des actualités du monde gastronomique. J'aime aussi énormément modifier le look du blog, soigner des petits trucs, mettre des images, recevoir des questions depuis le monde entier,... C'est très surprenant mais bien sûr ça fait toujours plaisir !
Pourriez vous rattacher vos recettes à un style ou mouvement culinaire ?
Je ne suis pas sûr... Je sais que le nom du blog est « Passion Fusion », mais je ne suis pas un obsédé catégorique de la cuisine fusion. L'idée, c'est que la cuisine est toujours une fusion quelque part. Mais j'aime les alliances étranges ou inconnues, les couleurs surprenantes ou les goûts contradictoires. On m'a dit récemment que j'avais une cuisine décomplexée, j'ai trouvé ça assez juste.
Je vous avoue un truc : j'aime qu'on me dise en découvrant un plat sur la table « Mais qu'est-ce que c'est que ça, qu'est-ce que tu as encore fait ? ». Je vous rassure tout de même, je goûte sans arrêt et la plupart du temps c'est bon ;-)
C'est important de parler de cuisine aujourd'hui ?
C'est important, à mon avis, parce que la cuisine n'est pas une simple affaire de goûts, de choix d'origine et de qualité des produits (rares et chers, bio, nouveaux...) ou de présentation, car on peut trouver d'excellents traiteurs qui font tout ça pour nous, mais c'est une question de processus. Ce qui compte d'un point de vue sociologique et philantropique sans doute, c'est de faire la cuisine, en plus bien sûr de la goûter. Comme je le disais à propos des repas de fêtes de fin d'année, je préfère manger une bonne lasagne maison plutôt qu'un mauvais foie gras et une bûche industrielle.
Mais si on ne parle pas de cuisine, c'est qui qui va la faire ma lasagne? Il ne faut pas abuser pour autant, la cuisine ne doit pas devenir une mode, avec ses victimes et ses leaders... Même si évidemment moi-même je suis absorbé dans le mouvement d'une manière ou d'une autre. J'ai trouvé par exemple que le salon « Cuisinez », en octobre, était l'illustration parfaite de cette mode un peu dérangeante (100% commerce). Pas besoin d'une cuisine hyper-équipée pour prendre du plaisir. Après, il y a les magasins professionnels quand on désire s'attaquer à des choses plus pointues, c'est d'ailleurs très amusant de s'y promener.
C'est quoi votre goût en matière de cuisine ?
Je n'ai pas un goût particulier, en tout cas pas de manière permanente. C'est de plus en plus vrai, d'autant que plus je découvre des saveurs, des odeurs, des textures et leurs mariages, plus j'ai envie de trouver d'autres, d'en reprendre certaines ou d'en laisser de côté. Soit je suis jeune et mes goûts ne sont pas encore fixés, soit je suis curieux et obsessionnel, et je ne me fixerai jamais. Pour le moment, je suis biphasique : une phase chocolat et une phase « sauer » (sûr, acide, surtout au niveau des fruits).
La seule chose dont je suis à peu près sûr, c'est le vinaigre (les vinaigres) : aux dernières nouvelles, j'avais 18 sortes différentes allant du cidre au balsamique (vieux, vieux... et balsamique blanc) en passant par la lavande, le mastihashop, le cassis, le jeres, le banyuls, la coco, l'estragon, le miel, le poivre, l'eucalyptus... Soit je les infuse moi-même, soit je les achète. Le vinaigre, c'est LE produit pour lequel je ne regarde pas au prix, quoi qu'il en coûte (plutôt que « quoi qu'il en goûte... »), c'est donc LE produit pour lequel il m'arrive de faire des folies...(pauvre de moi).
Votre plat préféré et votre dessert préféré ?
Je suis incapable de savoir quel est mon plat préféré. Peut-être que c'est ce qui explique mes nombreuses expériences sur le blog : quand je l'aurai trouvé, je serai un homme accompli. Quant au dessert, je ne dirais pas vraiment que c'est mon préféré, mais la tarte au flan, à la vanille, très épaisse, bien froide, j'adore (qui l'eût cru ?). Avec les glaces, toutes les glaces.
Le produit que vous aimez le plus et pourquoi ?
A part les vinaigres, la levure de boulangerie fraîche (ou le levain liquide quand j'ai le temps – ce n'est pas un produit mais ça revient au même). C'est une odeur très particulière et très forte, ça mousse dans de l'eau ou du lait, c'est vivant et ça fait du pain... Sinon, je suis accro aux poivres, et mon produit phare c'est la pomme.
Votre restaurant et votre chef préféré ?
J'aimerais pouvoir dire que mon restaurant préféré est le Gagnaire rue Balzac, mais je garde ça pour quand j'y serai vraiment allé (si quelqu'un veut me faire un cadeau...). Sans y avoir goûté en dehors du Grand Fooding d'été cette année, je sens que j'aime ce qu'il fait, j'aime ses idées, ses associations, son rapport à la tradition. Et il travaille avec Hervé This, mon deuxième grand maître en cuisine. J'admire également Michel Bras, et j'attends mon prochain repas chez Gilles Choukroun, qui a l'avantage d'être abordable.
Et comme je suis jeune et dynamique, je vais plutôt vous donner une bonne adresse au quotidien. A Liège, je suis abonné au Soup shop, rue du Méry. A Paris, idem « bar à soupes » dans le 11e, le Pré Verre dans le 5e ou pour changer du branché classe et faire une orgie de desserts, la Cave de l'Os à moelle dans le 15e.
Votre livre de cuisine préféré et celui que vous n'aimez pas trop ?
J'aime les livres qui parlent de cuisine sans être des livres de recettes. Je reviens toujours à la charge avec les mêmes bouquins, je citerai encore et encore Laurie Colwin, « More home cooking » et Stewart Lee Allen, « Jardins et cuisines du diable ». Je lis aussi ce qui touche à la sociologie de l'alimentation, les bouquins d'Hervé This, les livres de chefs en général. Je n'aime pas les livres et magazines de recettes bon marché aux photos repoussantes et recettes poussiéreuses qui semblent venir de l'ex-Allemagne de l'Est. J'exècre viscéralement les livres qui affichent le contenu calorique « par portion » ou pour l'ensemble en général. Je viens à ce sujet de lire un article passionnant qui s'intitulait « des risques de médicaliser l'alimentation quotidienne... » Je ne suis pas contre les régimes (quoi que...), je suis contre la frustration.
Parlez nous de votre recette fétiche !
Comme je l'ai expliqué, je suis incapable de choisir, je vous jure que chaque restaurant est une épreuve de torture psychologique (vivent les restaurants gastronomiques, menus dégustation et ribambelles d'un petit-peu-de-tout).
Je viens d'aller faire un tour sur mon blog à la recherche de quelque chose à vous proposer, là tout de suite... C'est le sorbet à la banane, au safran et au cumin. C'est tout jaune, très doux et avec la note très masculine, chaude et terreuse du cumin, je trouve le mariage réussi. Je n'ai toujours pas réussi à placer ce sorbet en début ou en fin de repas, il s'agira de l'accommoder à sa manière.
En entrée, avec un fromage de chèvre affiné, un fromage d'Abbaye plutôt mur et relativement « fait »...
En dessert noyé sous un trait de sirop d'érable pour la note banane et le petit goût subtil qui viendra renforcer le safran, ou sur un gâteau fondant ou mi-cuit au chocolat, ou à la vanille pour rester dans le jaune et le soleil... Mais ce ne sont que des suggestions.
Votre coup de coeur ?
Récemment, l'huile d'olive en dessert. J'avais déjà goûté une glace à l'huile d'olive servie avec des figues rôties, depuis j'avais un peu oublié ce chemin-là... Dans une frangipane, en remplacement d'1/3 du beurre, c'est délicieux. Je me sers également beaucoup de sauce de poisson thaï (Fish sauce - Squid) en ce moment, dans des bouillons. Et je multiplie les variantes autour du filet de b&oeliguf cru.
Votre coup de gueule si vous en avez un ?
Je ne supporte pas les frileux du palais. Je ne mange pas de tout, je n'aime pas tout, mais je ne refuse jamais de goûter quelque chose de nouveau (j'avoue que si la consistance me semble vraiment louche du genre blanc d'&oeliguf cru/huitre, je peux me montrer réticent). Je ne comprends pas qu'on puisse refuser catégoriquement de goûter, par exemple, une glace au parmesan, sous prétexte qu'une glace « ça ne doit pas être au parmesan », ou qu'on puisse aller au McDo quand on part en vacances au Nicaragua. Je suis vraiment susceptible à ce propos...
Et je n'aime pas non plus les plats préparés de supermarché, les faux produits du terroir, les restaurants pour touristes, la taille des pommes et leur nombre limité de variétés en supermarché, les distributeurs automatiques, la mode des vitamines dans tout (cf. « Manger magique »), le vinaigre coloré au caramel, le poivre blanc en poudre... Bref, j'aime qu'on prenne du plaisir dans ce qu'on fait, et qu'on en soit conscient.
Merci beaucoup Stéphane et à bientôt !!!