Voila, sans contredit, un de nos plus jolis gâteaux d'il y a trente ans et encore aujourd'hui, lorsqu'il est bien fait, quoique ancien (car les gâteaux perdent leur valeur, à l'instar des chansons, en vieillissant).
En 1867, en plein mois de septembre, M.LEFEVRE, successeur de CHIBOUST venait de recevoir une corbeille d'ananas de toute beauté, cadeau d'un ami de cuisine.
On les garda quelque temps en montre à l'admiration du public ; mais ces fruits ne résistent pas longtemps à notre climat ; ils s'abîment.
Le patron les descendit au chef, le père FELIX comme on l'appelait, et lui dit de s'en arranger.
Lui qui savait bien, à une cerise près, ce qu'il fallait pour un croquembouche ou corne d'abondance, mais dont la confiserie lui était presque inconnue alla trouver le tourier, Gaétan JEANNIN, un breton, et lui demanda s'il pouvait utiliser ces espèce de navets (Félix était commun en paroles, mais riche ouvrier) ; il dit que oui.
Il considéra un moment ces rois de la glace frappée et les fit confire. Son plan était tracé.
Quinze jours après, il faisait de la belle meringue italienne, et avec ces tranches d'ananas, dont l'entourage ne lui cédait en rien à sa tête majestueuse. Le finir, le glacer et le pointiller ne fut pas long, et le fit monter à la boutique. M.LEFEVRE descendit aussitôt, le complimenta et lui dit : "jusqu'à présent, la pâtisserie n'a pas eu d'entremetier spécial, je vous donne ce titre, car vous nous avez déjà doté de plusieurs entremets que je n'aurais jamais imaginé."