La fabrication de ce dessert fameux ne remonte pas très loin, car cette industrie n'est qu'un peu plus que centenaire.
Et cela tient surtout à la difficulté des échanges, et à la lenteur des communications aux temps anciens.
Si dans la région de Montélimar, on récoltait déjà des amandes dès l'an 1200, l'industrie du miel y était insignifiante, et l'idée d'almagamer les deux ingrédients n'était pas encore née. D'autre part, le transit de ces amandes était alors grevé d'un droit de péage, se montant à trois deniers pour la charge d'une bête de somme.
Les archive de Montélimar et des environs, mentionnent le passage de gens de qualité de l'époque avec le détail des cadeaux qu'il était alors d'usage d'offrir. C'est ainsi qu'en l'année 1433 ; le légat du pape, se rendant d'Avignon au concile de Bâle, reçut en offrande du vin, des bougies et des torches, le roi Charles VII, se vit offrir en 1437, vins et confitures, chapons et sangliers, et toujours les inévitables bougies et torches. En 1448, le dauphin Louis reçut également vins et confitures, bougies et torches ; il en fut de même en 1495 pour Charles VIII, en 1564 pou Charles IX et en 1600 pour Marie de Médicis. Nulle part et pour cette, époque, mention n'est faite du fameux nougat.
C'est seulement en avril 1701, lors du passage des ducs de Berry et de Bordeaux, que ces archives mentionnent parmi les présents offerts : un quintal ! de nougat blanc. Messieurs les ducs ont certainement pu en offrir aux dames de la cour !
Par la même occasion, le duc de Saint-Aignan, gouverneur et précepteur des princes royaux, en reçut pour lui-même 25 livres, et le duc de Nouailles autant.
On voit qu'à cette époque, le nougat avait remplacé le don des bougies et des torches, de sorte que les favorites du temps n'eurent certainement pas à s'en plaindre, et leurs jolies quenottes purent mordre à plaisir amandes et pistaches, amalgamées au délicieux miel du pays.