Curnonsky raconte dans un article de Cuisine et vins de France daté de décembre 1948, que le homard à l'américaine, n'est point américain, mais bien français.
Différentes versions viennent accréditer cette thèse.
Le homard à l'américaine aurait été inventé par M. Peter, né à Cette (devenu depuis Sète) qui s'appelait de son véritable nom Fraisse.
Celui-ci avait vécu aux Etats-Unis et avait fondé le Café Américain. Le nom de sa recette était un hommage à sa clientèle américaine.
Il raconte aussi, M. Millet, propriétaire de l'Hôtel d'Orient à Blida et cité par l'hebdomadaire L'Hôtellerie, la recette du homard à l'américaine aurait été inventé par un cuisinier breton, demeurant à Saint-Paul de Léon.
Le homard à l'américaine ne serait en fait qu'un homard à l'armoricaine.
Curnonsky nous livre dans cet article la recette de cet homard à l'américaine livrée par M. Millet.
On coupe le crustacé en travers et en morceaux présentables.
On casse les pâtes sans les déformer.
On met le tout à cuire vingt-cinq minutes avec vingt blanc, ail, laurier, thym, poivre et sel.
On place ensuite les morceaux dans une autre casserole.
On corse la cuisson du homard avec un roux : des échalotes de Jersey, de la purée de tomates et un assaisonnement de poivre de Cayenne.
Cette cuisson est amenée sur le fourneau à la consistance nécessaire pour faire une sauce de haut-goût.
On verse alors cette sauce sur les morceaux de homard dans la seconde casserole. Puis on fait mijoter quelques instants sur le feu.
Pour servir, il faut il faut dresser les morceaux en rocher, mettre les pâtes dessus et napper le tout avec la sauce.
Cette recette originelle ne comportait pas de tomates !
Pour l'anecdote, Curnonsky n'était pas un grand amateur du Homard à l'américaine. Il lui préférait un bon navarin de homard, ou bien tout simplement un homard mayonnaise.
'Je ne suis pas fou du homard à l'américaine (ou à l'armoricaine), parce que je suis vieux, myope et d'une inexpiable maladresse manuelle.
J'ai passé l'âge d'aimer, en général et en particulier, les plats qui exigent une dépense énergétique et des exercices gymnastiques.
La dégustation du susdit homard comporte toute une manoeuvre de pinces, de tenailles, d'extracteurs et autres outils dont l'emploi me désempare.
Le Homard à l'Américaine est un plat qui ne peut se déguster qu'en scaphandre ou avec un drap noué autour du cou.
Quand on l'attaque avec un appétit frais et joyeux, on risque de tacher la nappe, d'éclabousser ses voisins et, qui pis est, ses voisines, de lancer des parcelles de coque ou des fragments de pinces dans des échancrures de corsage, de transformer son plastron de chemise en carte d'échantillons, de se salir les doigts et de s'empourprer la moustache.
A ces causes, et conformément à la loi du moindre effort, qui a toujours été, jusqu'ici, la principale règle de ma vie, je préfère le Navarin de Homard, préalablement décortiqué, voire une bonne langouste à la sauce mayonnaise ou à la sauce vinaigrette.
Et oserais-je rappeler que le Navarin de Homard est une des sublimes créations de notre immortel Carême ?