Quand Vincent m'a proposé d'être l'invitée de la semaine sur 750g.com, j'ai été, vous vous en doutez bien, plus que flattée. Mais de quoi, diantre, allais-je vous entretenir ?
De nos produits bien de chez nous, pardi ! Si vous fréquentez mon blog, vous êtes habitués à mes envols (plus ou moins littéraires) sur des sujets tout aussi variés que les canneberges, les bleuets, le riz sauvage, la citrouille, le homard de l'Atlantique, le chocolat, la vanille, la tomate, les pacanes, les pommes de terre, tous ces produits des Amériques qui ont enrichi la gastronomie du monde entier. Ah ! Et j'oubliais ! Le SIROP D'ÉRABLE !
Tout autant que les premiers habitants de la Nouvelle-France avaient apporté dans leurs bagages leurs traditions culinaires de France, ils avaient aussi apporté avec eux la propension d'entretenir des relations conflictuelles avec les «Anglais». On n'a qu'à se pencher un tant soit peu sur les relations souvent houleuses au cours de l'Histoire entre la France et l'Angleterre pour entrevoir ces divergences de perspectives. Au Canada, l'auteur Hugh MacLennan a décrit les tensions qui subsistent encore aujourd'hui entre les deux principales collectivités qui composent le Canada, dans son livre intitulé «Deux solitudes». Il n'en reste pas moins que même si les différences existent, il y a un commun accord... le goût de se sucrer le bec.
Pour illustrer deux façons bien canadiennes d'atteindre cet objectif, je fais appel à deux recettes typiquement canadiennes, une avec un produit bien spécifique à une toute petite partie du globe, le sirop d'érable, et l'autre une recette qui a vu le jour grâce à l'hégémonie britannique sur la production du sucre pendant un moment de l'histoire et qui faisait appel à notre goût des aliments sucrés. Je vous présente donc une première recette pour des tartelettes au sirop d'érable et une seconde, pour des «Butter Tarts» (des tartelettes au beurre) qui est reconnue comme étant une recette d'origine purement canadienne (enfin, nous accédons à la gloire culinaire à l'échelle internationale!).
Si au Québec on privilégie le sirop d'érable, c'est bien parce que le Québec est la source des trois-quarts de la récolte mondiale de ce produit unique et délicieux qui nous vient de l'Acer nigrum (l'érable noir) et de l'Acer saccharum (l'érable à sucre). Comme bien des produits spécifiques au Nouveau Monde, ce sont les indigènes qui apprirent aux premiers Européens comment se servir de ce qui, à l'origine, était utilisé comme aliment tonique. Pour bien des Québécois, c'est maintenant devenu une drogue, douce certes, mais irremplaçable.
Pendant un moment, durant la Guerre de sept ans, l'Angleterre a eu l'hégémonie sur la production mondiale du sucre. Il lui fallait trouver des endroits où larguer la production importante de mélasse et de cassonade et le Canada n'a pas fait exception à la règle. À l'issue de ce conflit entre la France et l'Angleterre, cette dernière troqua les îles françaises du sucre qu'elle avait capturées de la France (la Guadeloupe et la Martinique) pour le Canada, menant certains à dire qu'elle avait échangé le sucre pour de la neige. Or, moins la canne à sucre est raffinée, plus complexe est le goût du sucre. Les tartelettes au beurre font appel à la complexité du goût de la cassonade pour le combiner avec le bon goût du beurre frais. Il existe plusieurs versions de ces Butter Tarts, certaines y ajoutant des raisins secs, des groseilles séchées, des pacanes ou autres noix, des dates, et même de la noix de coco.
Ces recettes sont tirées d'un livre de recette qui m'est précieux intitulé Laura Secord Canadian Cook Book. Laura Secord, en plus d'être une héroïne canadienne qui réalisa un exploit durant la Guerre anglo-américaine de 1812 en avertissant les troupes britanniques qu'une invasion américaine était imminente au Canada (eh oui, si l'Angleterre et la France se sont arraché le Canada, les Américains ont toujours eu des visées sur cette centaine d'arpents de neige), est également le nom d'une entreprise chocolatière de renom au Canada. Dans les années soixante, elle fit appel aux ménagères canadiennes pour lui fournir leurs meilleures recettes. S'ensuivit ce recueil de recettes typiquement canadiennes qui prouvent que la «gastronomie» canadienne existe bel et bien.