Dans son fameux traité culinaire, « La Singolar Dottrina », Domenico Romoli, dit Panunto, décrit en 1560 les nombreuses vertus des câpres : rate et foie sans douleurs, effet diurétique... la mélancolie disparaîtra et le coït sera vivace !
Envoûtée, je suis tombée sous le charme de ces petits arbustes épineux à feuilles ovales et aux fleurs éphémères, blanches à reflets violacés. La récolte frisait l'obsession. Plus je récoltais, plus il y avait de boutons floraux. Et il fallait faire vite au risque de se retrouver avec des gros cucunci, comestibles soit, mais différents et au goût moins précieux. Les boutons malicieux se cachaient sous les branches qu'ils faisaient ployer vers le sol sous leur poids. Je récoltais, grimpais à travers les rochers volcaniques pour les traquer ; je cueillais, traversais les champs d'oliviers ; je me penchais longuement sur la terre
chauffée par le soleil, le dos crispé. Le parfum enveloppant des câpres au gros sel qui mûrissaient dans la cuisine me rendait tellement heureuse... Plus le grand bol se remplissait, plus j'étais ravie à l'idée que bientôt je me mettrai à la tâche : trier chaque câpre en fonction de sa taille pour enfin les conditionner dans un nouveau gros sel.
J'imaginais avec joie toutes les recettes possibles. Les câpres les plus précieuses – les plus petites – je les réservais pour les plats à base de poisson ; les moyennes étaient destinées aux décorations des hors-d'œuvre de bottarga et les plus grosses apportaient leur goût fleuri à la salsa verde.