
Le mot Pèkèt trouve ses origines dans le wallon mais sa véritable signification a donné lieu à plusieurs interprétations. En vieux wallon, le mot pèkèt signifie "piquant". Buvez donc un verre à la façon traditionnelle, d'un seul coup, et vous comprendrez vite que ce petit « piquant Pèkèt » a de quoi réchauffer les âmes les plus moroses. D'autres sources font allusions au mot wallon "pèke" qui, dans certaines régions de Wallonie, désigne les baies de genévriers. Du fruit à l'eau de vie aromatisée à l'aide de ces petites baies, il n'y a qu'un pas. La plus colorée de ces interprétations est la suivante. Les "maîtres" des mines vendaient des denrées à leurs mineurs. Parmi ces denrées, trônait, en bonne place, le genièvre. Celui-ci était de qualité variable et, il faut bien le dire, souvent douteuse. Lorsqu' il n'était pas bon, après avoir bu leur verre, les travailleurs en quête de réconfort, disaient "Pouh ... eke". « Eke » est un suffixe d'origine néerlandophone qui signifie « petit, médiocre ». L'appropriation et le glissement se laissent aisément comprendre : de « pouh...eke » à « Pèkèt » il n'y a qu'un pas. Quoiqu'il en soit, le mot « Pèkèt » est toujours, et pour longtemps, la dénomination liégeoise du genièvre, alcool de grain créé au 16ème siècle par un savant hollandais qui avait voulu inventer un nouveau médicament... Historiquement parlant, il faut se rappeler qu'en 1826, année qui a vu les premiers effluves s'échapper de l'alambic de la distillerie Renson, la région était encore sous domination hollandaise. Le goût du Pèkèt de la distillerie de l'Espérance de Montegnée est d'ailleurs encore assez proche de celui du « Bols » : 35° en teneur d'alcool et un aspect un peu jaunâtre, il se situe donc vraiment dans cette tradition du genièvre limbourgeois, hollandais. Le médicament est devenu un remontant et dès le début du 17e siècle, les régions du nord, avec leur culture du grain bien établie, ont commencé à distiller de l'alcool de malt et de grain à partir de bière plate. A partir de là, s'est développé la production d'alcool de grain à laquelle on ajoutait souvent des baies de genévrier pour affiner le goût. A Liège, lever son verre de pèkèt ne se faisait pas machinalement, tout un rituel accompagnait ce geste. Ainsi, la première rasade servait à rincer le verre. Pour d'autres, il s'agissait de ne pas oublier de verser le fond du verre dans le creux de la main pour s'en frictionner la tête: un remède reconnu pour magnifier sa chevelure. Refuser de boire le verre de pèket offert dans une tournée risquait fort d'être considéré comme la pire des injures à celui qui l'offrait ! Et puis... Tchantchès et Nanesse, liégeois vrais de vrais, ne nous convient-ils pas chaque année à arroser les fêtes du 15 août de ce breuvage qui, au fil du temps, a pris des couleurs et des goûts les plus divers...
Commentaires
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Derniers commentaires
Bel artricle et bien documenté, une superbe ballade à faire à la suite de ce guide...
par par timbro | Posté le 21/05/2009
on sent que Fabienne maitrise bien son sujet et l'apprécie...il ne reste plus qu'à aller goûter sur place et trouver la bonne…
par par alechaE | Posté le 19/04/2009