
L'interview :
Je commence :
Pourquoi se décider un beau jour à créer son propre blog ?
Depuis des années, je tenais à jour pour mes enfants de petits carnets de recettes, promis pour leur départ de la maison après leurs études. Je devais donc recopier en 3 exemplaires une montagne de petits papiers qui s'entassaient. Ils ont pensé à cette version plus technologique.
Vous vous faites plaisir ? Cela vous a apporté quoi ?
Si ce n'est le côté photographie qui me pose de sérieux problèmes, je me suis découvert un réel plaisir pour la cuisine au quotidien. Comme c'est souvent le cas pour les expatriés, ce blog me permet de transmettre des recettes à des amis chers et que je ne peux plus voir régulièrement étant donné leur éloignement : Chine, Tahiti, France. Ainsi, j'ai une amie hollandaise qui vit en Chine et anime des ateliers culinaires auprès de jeunes enfants par le biais de mon blog. Et puis, je commence à faire ma petite place dans cette blogosphère culinaire. Je découvre une autre façon de partager des recettes et des idées. Cette convivialité virtuelle est une chance inouïe et enrichissante. Je n'en avais pas conscience auparavant et regrette de ne pas avoir participé plus tôt.
Les blogs facilitent le contact vers des gens qui ne se rencontreraient jamais dans le quotidien. Ils permettent aussi une mise en relation avec des professionnels de la cuisine, des auteurs, etc... que la vie normale rend inaccessibles. Cette nouvelle forme de communication rapproche des gens passionnés possédant des talents incroyables. Je suis fascinée par cette accessibilité et par la créativité de chacun.
Pourriez- vous rattacher vos recettes à un style ou mouvement culinaire ?
Non, je vais au gré de mes envies, de mes découvertes et aussi des messages que je reçois. J'ai aussi des exigences de goûts, de produits, de saisons, des principes diététiques et surtout beaucoup de petits plats-plaisirs. Je suis intéressée par les techniques de façonnage du pain et des viennoiseries, par les modes de cuisson et les traditions culinaires d'autres pays. J'aime jouer avec les ingrédients et surtout avec les ustensiles. Je ne réalise pas de choses trop compliquées. Je propose des astuces d'organisation ou de gain de temps. J'expérimente des ingrédients en essayant d'en tirer le meilleur du goût et la variété des utilisations. Je cherche à comprendre les conditions pour réussir un sabayon, un pain au levain... J'essaie de connaitre les épices séparément et leurs associations possibles de façon équilibrée.
J'ai suivi une orientation scientifique, travaillé dans l'enseignement mais j'ai toujours eu une" âme manuelle".
C'est important de parler cuisine aujourd'hui ?
J'ai enseigné en écoles primaires et maternelles pendant une vingtaine d'années en France et j'y ai toujours animé des ateliers de cuisine. Mes petits élèves savaient comment faire du caramel, des confitures, des yaourts, du beurre, de la farine et du pain...Ma fierté personnelle est de leur avoir transmis ma gourmandise. Lorsque mes enfants étaient tout jeunes, je n'avais de temps que pour la cuisine basique. Mais ils ont vite appris seuls à faire la différence entre le fait maison, l'industriel et le "gastronomique". Ils disaient avec leurs propres mots en parlant de ma cuisine: "c'est bon parce que ça a le goût de l'odeur ! ".
J'aime cuisiner les poissons. J'ai toujours veillé à ce que tous terminent leur part en pensant au pêcheur qui avait risqué sa vie pour que cette nourriture arrive dans leurs assiettes et que c' était donc un honneur à lui rendre que d'apprécier ce plat jusqu'au bout.
Une fois installée à Montréal ( 2001 ) et sans permis de travail, je me suis mise à la cuisine intensive pour pouvoir continuer à manger "français". Le pain, les yaourts et les divers desserts laitiers que l'on trouve au supermarché français en tendant le bras, eh bien ici, il vaut mieux les faire. J'ai fait découvrir les petits trésors de la pâtisserie issus de diverses régions de France à des gens qui les ont plutôt bien appréciés et je crois avoir rendu gourmandes des personnes qui ne l'étaient pas. Cela me conduit à apprendre par moi-même les classiques de la cuisine internationale. La présence d'émigrants venant de tous pays fait que leurs produits alimentaires de base sont très accessibles. Il en résulte une variété incroyable d'épices, de riz, de sucres, de légumes, fruits et herbes aromatiques complètement inconnus pour moi. A moins de dix minutes de chez moi, je peux acheter un sari ou de la vaisselle indienne, hésiter entre trois sortes de basilic thaï dans un super-marché asiatique, trouver de la pâte de pavot autrichienne ou de la sapote, goûter un pain berbère à la nigelle...
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