Manger la figue est chose seine
A qui a mal à la poitrine ;
Poitrine dire se devoit,
Mais faire rire on te vouloit :
Car je crois sans te voir, beau Sire,
Que n'aime mieux pleurer que rire.
Democrite aussi plus te plaist
Que cet Heraclite benaist
Qui toujours pleuroit sa misere
Et tous jours imitoit le braire
D'un asne qui ressent le fais
De quelque charge de cotrais.
Parlons maintenant de la figue :
Du ventre elle lasche la digue ;
Cruë ou cuite, il n'importe pas
Elle purge fort bien par bas.
Elle nourrit bien et engraisse,
Et guerit mainte bosse espaisse ;
Glandes, écroüelles, tumeurs
S'en vont plus viste que fruits meurs,
Mettant dessus figue boüillie ;
Mesme, et ce nest pas menterie,
Elle tire les os du corps,
S'ils sont rompus, et le smet hors
Pourveu qu'au pavot on la joigne.
Selle guerissoit de la teigne,
De peine elle me tireroit :
Car la rime bonne seroit ;
Et peut-estre qu'à l'avanture
Elle est utile à cette cure.
L´Ecole de Salerne était une des écoles de médecine les plus reconnues d´Europe entre le IX° siècle et le XIII°. Ils nous ont laissé de nombreux poèmes précisant les vertus des aliments.