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C’est une adresse chargée de souvenirs qui pourrait disparaître en silence. En Île-de-France, le restaurant L’Esturgeon, véritable institution installée au bord de la Seine depuis près de deux siècles, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un bras de fer, selon La Gazette des Yvelines. Et l’issue pourrait être radicale : une démolition pure et simple. Tout s’est joué en quelques minutes. Une réunion de conciliation, censée apaiser les tensions entre le propriétaire des lieux, Olivier Grémillet, et Voies Navigables de France, a tourné court. “J’ai pris ma chaise, je l’ai rangée sous la table, et j’ai dit : je crois qu’on n’a plus rien à se dire”, raconte le restaurateur, visiblement à bout. Car derrière cette rupture, c’est un ancien conflit qui refait surface.
Tout remonte à 2004, lorsque la redevance liée à l’occupation du domaine fluvial explose. D’un millier d’euros à l’époque, elle grimpe progressivement jusqu’à atteindre aujourd’hui 14.500 euros par an. Pour l’administration, il s’agirait d’une simple correction d’une “erreur de tarification”. Pour le restaurateur, c’est une décision incompréhensible, qu’il qualifie d’”aberration économique”. Il cesse alors de payer. Une décision lourde de conséquences. S’ensuivent deux décennies de procédures judiciaires.
Un restaurateur à bout de nerfs
Le tribunal administratif de Versailles tranche en défaveur de l’établissement. Résultat : une condamnation à régler 61.000 euros d’arriérés, mais surtout une obligation de détruire une partie du restaurant, une salle de 50 couverts jugée installée de manière illégale. Au cœur de l’affaire, une question de territoire. Olivier Grémillet s’appuie sur ses documents notariés pour affirmer qu’il est chez lui jusqu’à la route. En face, Voies Navigables de France soutient que la zone relève du domaine public fluvial. À cela s’ajoute une incohérence que dénonce le restaurateur.
Les quinze salariés de l'Esturgeon pourraient être licenciés
La décision de justice vise l’exploitant, une société, alors que les murs appartiennent à une autre structure. “Comment obliger un locataire à casser des murs dont il n’est pas propriétaire ?”, s’interroge-t-il. Mais au-delà du conflit juridique, ce sont des vies entières qui vacillent. Quinze salariés pourraient perdre leur emploi. Et la transmission familiale est compromise. Son fils, pourtant chef en cuisine, refuse de reprendre une affaire menacée par une telle incertitude. Face à cette situation, le soutien local s’organise. Habitants et habitués se mobilisent, tandis qu’une pétition en ligne recueille déjà de nombreuses signatures. Reste désormais une ultime bataille : celle de l’appel. Pour L’Esturgeon, qui a traversé les décennies l’enjeu est immense.