Peu de temps après son passage dans Top Chef, le “Phoenix” de l’émission, comme il a été surnommé, a commencé à travailler pour l’équipe de football de la Côte d’Ivoire. L’objectif ? Aller le plus loin possible dans l’une des compétitions les plus importantes de ce sport : la Coupe du Monde. Ancien sportif de haut niveau dans le taekwondo, Aboubacar a compris au fil du temps l’importance de l'alimentation dans les performances sportives. Après avoir suivi une formation de nutritionniste-diététicien, il met aujourd’hui tout en œuvre pour aider au mieux son équipe. Le temps d’une interview, le chef nous a dévoilé les coulisses de l'alimentation des footballeurs professionnels — un rouage essentiel pour optimiser leurs performances.
Une Coupe du Monde aux Etats-Unis, un enjeu pour manger sainement
Prévoir un menu pour des joueurs de football professionnels représente de prime abord un défi de taille. “Je suis toujours en contact avec les services de restauration de l'hôtel. Je leur envoie mon menu. On discute longuement car généralement les cuisiniers des hôtels ne sont pas habitués à avoir des sportifs. Je suis là pour les accompagner et superviser les menus. Il faut veiller aux choix des produits et s’assurer par exemple qu’ils soient bio sans OGM. Leur traçabilité s'avère être un point essentiel” nous confie Aboubacar.
La mission s’avère d’autant plus complexe sachant que, cette année, la Coupe du Monde se déroule aux États-Unis, considérés comme la capitale de la malbouffe : “ Les États-Unis ne sont pas le meilleur endroit pour s’extasier d’un point de vue culinaire. C’est très difficile. Les premières semaines, le temps que tout se mette en place, ce n’était pas évident. Là bas ils ne sont pas habitués à une cuisine saine au quotidien. J’ai dû vraiment être derrière pour m’assurer d’avoir un menu sain et correct pour les joueurs”.
Des aliments à privilégier, d’autres à éviter
Mais alors, que faut-il manger en tant que footballeur de haut niveau ? L’une des bases consiste à donner les bons codes : “ il faut vraiment réadapter et éduquer les joueurs”.
Pour cela, oubliez par exemple les mauvaises graisses et faites attention aux glucides quelques jours avant le match . “On dit souvent que les glucides sont la première source pour les footballeurs, que c’est essentiel. Pour moi, il faut surtout bien timer tout ça” nous explique le chef. “Par exemple, 5 jours avant le match, on ne va pas mettre autant de glucides aux joueurs". Pourquoi ? Trop de glucides est égal à une prise de poids. On évite également le mauvais sucre comme les pâtes à tartiner ou les sauces. De plus, l’un des principaux ennemis des sportifs reste les produits transformés. “Aux Etats-Unis il y beaucoup de produits transformés. Il faut bien lire les étiquettes. Il n’y a pas de nutriscore. J’essaye de tout vérifier, ça me prend énormément de temps”.
On opte plutôt pour les fruits et les légumes, riches en minéraux et en vitamines. Toutes les sources de protéines représentent également un bon apport. On se tourne pour cela vers la viande blanche, le poisson ou la volaille. En revanche, on évite la viande rouge : “Cela n’est pas hyper bon pour les muscles car c’est pro-inflammatoire. Alors que déjà les joueurs sont sujets à l'inflammation, si je rajoute de la viande rouge, ça ne va pas vraiment les aider”.
Le menu parfait juste avant de jouer un match ?
Pour le jour J, là encore, tout se passe dans l’assiette avant que le match ne commence. On mise cette fois-ci essentiellement sur les glucides : “là on en a vraiment besoin”. On se tourne donc vers des aliments comme les féculents : les pâtes, le pain, le riz basmati, la patate douce ou encore la pomme de terre.
L'idéal est de privilégier un riz basmati ou au jasmin : “ce sont des riz très digestes, tu ne vas pas sentir de gêne au niveau de l’estomac, tu vas te sentir léger”.
Mais attention, la préparation de certains aliments compte, notamment pour les pâtes qui doivent être al dente : “si les pâtes ont une surcuisson on passe à un index glycémique plus haut”. Résultat ? Le corps va stocker l'énergie trop vite au lieu de la diffuser durant tout le match.
Les jours de match, pas besoin de légumes . Ces derniers sont, en effet, riches en fibres, qui peuvent provoquer une gêne au niveau de l’estomac et perturber le confort digestif.
Outre les glucides, Aboubacar préconise également une source de protéines maigres et digestes pour compléter l'assiette.
Pour le dessert, Aboubacar explique qu'il donne un riz au lait aux joueurs afin d’amplifier cet apport en glucides.
“Le reste ce sont des secrets des nutritionnistes”
Avez-vous remarqué que, sur les réseaux sociaux comme sur Internet, la nutrition des footballeurs professionnels demeure un sujet particulièrement flou ? Bien que beaucoup recommandent simplement de manger des pâtes avant un match, les vrais conseils de pro restent bien gardés. Et pour cause : cela s'inscrit dans une vraie stratégie de jeu, comme nous l’explique Aboubacar : “je n’aime pas trop les dévoiler. Chaque équipe a sa méthodologie. Tout le monde regarde ce qu’il se fait et moi je suis très discret par rapport à cela car je ne veux pas qu’on sache mes tips par rapport aux recettes ou aux choix d’aliments”.
Car oui, il y a bel et bien une méthodologie derrière les performances. Faire le choix de supprimer ou d'ajouter tel aliment peut en effet faire toute la différence sur le terrain : “ Si tu regardes bien, les nutritionnistes sur Instagram ils ne publient rien du tout, ils ne montrent rien car forcément si tu dévoiles des photos tu es forcément copié et ce n’est pas le but. C’est une tactique de foot. Il faut être discret, ça fait partie de la stratégie, c’est comme un coach un jour de match”.
Vous l’aurez donc compris : dans le football professionnel, la composition des assiettes reste une arme secrète jalousement gardée.