Marie ETCHEGOYEN/M6
C’est avec une bûche que tout commence. C’est à la suite d’une mutation avec son conjoint dans l’Est de la France que la passion de Margot a commencé. Loin de ses amis et ses proches, la jeune femme tente de rompre l'ennui en trouvant une activité : c’est sur la pâtisserie qu’elle jette finalement son dévolu. “Cela faisait un petit moment que je voyais des vidéos de Cédric Grolet, ça me plaisait donc j’ai acheté mes premiers livres et c’est comme ça que tout a commencé”.“ C’est la toute première pâtisserie que j’ai faite, une bûche roulée extra simple chocolat et framboise”. Un premier succès. Le début d’une longue série.
Par la suite, elle s'exerce encore et encore : “Parfois, j’ai tenté de faire des choses plus compliquées et ce fut un carnage, il a fallu m’entraîner. J’ai fait beaucoup d’essais, acheter des livres, regarder des tutos sur internet et c’est venu au fur et à mesure”.
Après 3 ans à explorer le monde de la pâtisserie, ses collègues de travail l’encouragent à participer au Meilleur Pâtissier. Fan de l'émission depuis la première saison, elle tente sa chance. C’est là que commence cette aventure gourmande.
Comment vous vous sentiez avant de participer à l’émission ?
J’étais excitée car c'est un concours donc c’est un défi. J’étais contente que ma candidature ait été sélectionnée car je me suis dit qu’il y avait des choses pas mal dans ce que j’avais proposé. C’est valorisant. ça fait un peu peur mais j’avais hâte de commencer.
Comment s’est passée la première épreuve ?
C’était vraiment impressionnant. On se rend compte que le temps passe à une vitesse assez impressionnante. La première chose que je me suis dite c’est que le niveau des autres était vraiment incroyable et que je n’allais pas faire long feu sous la tente.
Une épreuve qui a été plus dure que les autres ?
C’est arrivé assez tardivement. C’était dans la 9ème émission, sur les choux - la revisite de la religieuse. On commençait déjà à ressentir beaucoup de fatigue. J’étais fatiguée. D'habitude mentalement, j’arrive à gérer mais là le jury est passé assez tôt à mon plan de travail. Je n’avais même pas commencé qu’ils m’ont fait remarquer qu’ils ne sentaient pas la recette… ça m'a complètement déstabilisée et par la suite, il n’y a rien qui a fonctionné. J’ai rendu quelque chose d’horrible. Je m’en suis voulu de ne pas avoir rebondi. Ce n’est pas le meilleur souvenir pour moi.
Comment on se relève après une épreuve comme celle-ci ?
Après l’épreuve des choux j’ai été contente car je me suis remobilisée immédiatement. Je me suis dit que ça ne me ressemblait pas de m’effondrer ainsi. Je me suis donnée à fond et j’ai complètement oublié la revisite et finalement j’ai gagné l'épreuve technique juste après. On est fier de soi de rebondir et de ne pas se laisser aller.
Est-ce que la fatigue est la chose la plus difficile à gérer ?
On a très vite compris que la fatigue et l’endurance allaient jouer une grosse partie du concours. Sur le papier au départ, je suis persuadée de ne pas être le meilleur pâtissier techniquement mais ce qui m’a aidé c’est mon côté sportif et mon mental.
Quel commentaire du jury ou d’un chef vous a touchée bien au-delà de la compétition ?
C’était lors de la semaine d’Halloween et de l’épreuve créative avec le chef belge Pierre Marcolini. Il est passé à mon plan de travail et c’était la première fois qu’un chef m'encourageait sur mes goûts assez originaux. Alors qu’on a pu voir que Cyril et Mercotte n’étaient jamais très emballés. Il m’a soutenue et au moment de la dégustation il m'a fait des compliments qui étaient vraiment exceptionnels. A la découpe, il m’a dit que c’était un montage de professionnel et que sur les goûts il avait trouvé cela très équilibré, bien fait et bien pensé. J’étais contente car j’avais choisi des goûts originaux et on m’avait conseillé de l’éviter un peu. C’était un beau moment. J’ai pleuré pendant l’émission et j’ai repleuré quand je l’ai vue à la télévision.
Y a-t-il une remarque qui vous a bousculée ?
C’était lors de la première demi-finale, lorsque j’ai réalisé les macarons. J’ai retenté une saveur originale. Cyril et Mercotte n’ont pas aimé. Je leur avais dit que comme c’était une demi-finale j’aurais aimé obtenir un point avec mes idées et Cyril Lignac m’a répondu “oui mais tu peux aussi quitter le concours avec tes idées”. Ce problème a été un vrai dilemme pendant tout le concours. Mais, je me rends compte qu’il avait raison. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de partir avec des idées, en sachant que ce jury là n’aime pas ou l’écouter et aller au bout. Au final, c’est ce que j’ai fait et j’ai eu raison.
Quelles sont les leçons que vous retirez aujourd’hui de ce concours ?
La plus grosse leçon - même si je l’appliquais déjà dans ma vie de tous les jours - c’est que ce n’est pas parce qu'il y a un échec que c’est fini. C’est vrai que sur une épreuve on s’en rend vraiment compte. Il y a des pâtissiers qui avaient un peu plus de mal. Quand ils rataient une préparation leur mental lâchait et ils perdaient leurs moyens. Moi j’ai eu la chance de rebondir rapidement et je me suis rendu compte que ce n’est pas parce qu’on commençait une preuve de manière catastrophique qu'on ne pouvait pas bien la finir.
Est-ce que vous avez découvert une facette de vous que vous ne connaissiez pas ?
Je savais qu’avec mon passé de sportive et mon métier actuel de policière, j’avais beaucoup de persévérance et je me suis rendu compte surtout que j’avais mûri. En effet, pendant les 3 mois de tournage, j’ai toujours dit aux autres pâtissiers que si j’avais fait ce concours à 20 ans, je serais vraiment partie dès la première émission. Je me serais énervée, je n’aurais pas écouté le jury… Je ne suis plus du tout la même personne. C’est ce que j’ai constaté de mon évolution personnelle.
Quel était votre état d'esprit lors de la finale ?
Le matin même je suis arrivée en me disant que j’avais déjà tout gagné et que je n’avais plus rien à perdre car vivre une finale c’était déjà incroyable. Dès qu’on a commencé les épreuves, mon côté compétiteur est revenu et je me suis dit “il faut aller au bout là”. J’étais hyper heureuse, hyper motivée, très très enthousiaste. Cette journée elle était géniale.
Pensiez-vous arriver jusque là ?
Au début, je pensais faire que 3 émissions car le niveau des autres était dingue. Mon niveau n’était pas excellent pour les épreuves de Mercotte. En effet, je finissais souvent dernière au début. Le moment où vraiment je me suis dit que j’avais peut-être mes chances ce sont aux quarts de finale, donc quand même assez tard. C’est quand j’ai vu que Matthieu qui est un excellent pâtissier, mais qui dans l’endurance (il le dit lui-même) n’a pas suivi, j’ai réalisé que j’avais une carte à jouer.
Quelle a été votre réaction lors de votre victoire ?
Entre la fin de notre dernière épreuve et le résultat, de très très longues heures se sont écoulées. La journée a été éprouvante. Je crois qu’il s’est passé 5 ou 6 heures avant le résultat. C’était stressant.
J’ai hâte de voir le moment de ma victoire à la télévision, car c’est un mini malaise que j’ai fait ou un mini black-out car je ne me souviens à peine de ce moment. C’est comme un rêve encore. Tout ce dont je me souviens c’est Mercotte qui annonce mon prénom mais même ça c’est encore un peu flou. A partir de là, je ferme les yeux et j’entends des hurlements de partout. Je sens des gens me sauter dessus. Ce moment-là, c’est vrai de tourbillon et c’est incroyable.
Quelle est la suite pour vous ?
La pâtisserie restera toujours une activité annexe car j’adore mon boulot et je ne le quitterai pas. Ce n’est pas prévu. Ce que j’aimerai le plus si j’ai des choses à faire dans la pâtisserie, c’est commencé à m'investir sur les réseaux sociaux pour transmettre : faire des ateliers, des masterclass et donner la possibilité aux autres d’apprendre comme moi j’ai appris il y a 4 ans.
Un dernier mot de fin ?
Ce que je retiens c’est qu’il ne faut jamais penser que c’est impossible et ne jamais croire que c’est foutu. Tant qu'on se bat, tant qu’on y croit et tant qu’on est passionné, tout est possible.