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Les brochettes boeuf fromage, vraie tradition japonaise ou pure invention française ?

Star des restaurants japonais en France, la brochette boeuf fromage divise les puristes de gastronomie nippone. Alors, véritable tradition japonaise ou pure invention française ? Réponse dans quelques lignes.

Petit rappel des traditions

Si vous vous intéressez de près ou de loin à la culture japonaise, vous savez que celle-ci ne rigole pas avec les traditions et le respect des anciens. En cuisine, c’est la même chose ! Par exemple, pour être considéré comme un véritable maître sushi, il faut étudier la pratique pendant 10 ans. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos poulets. 

 

Le mot yakitori veut dire “poulet grillé”. On s’attend donc à retrouver des morceaux de poulet grillés sur une flamme, comme c’est le cas pour les tsukune (boulettes de poulet) ou les tebasaki (ailes de poulet). Il n’en est rien avec les yakitori boeuf fromage, savant mélange d’un carpaccio de bœuf enroulé autour d’un morceau de fromage, dont on ne connaît finalement pas vraiment la provenance. 

 

Les yakitori étaient autrefois considérés au Japon comme de la street food bon marché, seulement consommés par une horde d’hommes d’affaires tous plus pressés les uns que les autres. Les brochettes de poulet ont d’ailleurs également évolué au pays du soleil levant, on en retrouve désormais au tofu, au poulpe, au bacon… Preuve que les japonais eux même ont vu tout le potentiel de cette technique de cuisson, et que cela apportait une grande diversité dans leur gastronomie déjà si riche.

 

Cela ne nous dit toujours pas comment les boeuf fromage sont arrivés dans nos assiettes me direz-vous. Pas de panique, on va y venir.

D’une cuisine discrète à une cuisine de masse

Les restaurants japonais sont aujourd’hui légion en France et à travers le monde. Dès les années 1970, on voit les premières enseignes de sushi, de maki et donc de yakitori, tenues à l’époque par une diaspora japonaise vivant sur le sol français. Mais c’est réellement au début des années 2000 que la bulle des restos japonais explose, devançant les historiques traiteurs chinois et vietnamiens. Très tendance, plus healthy, moins grasse, plus fraîche, plus colorée… Tous les superlatifs sont utilisés pour valoriser la cuisine nippone par rapport à celle de ses voisins. Sentant le vent tourner, beaucoup de restaurants chinois se sont mis à faire de la cuisine japonaise, sans appliquer forcément un grand précepte propre à la gastronomie japonaise : le respect des traditions. Cela se traduit par un dosage différent du riz dans un sushi, dans la technique de découpe des sashimi et même dans les yakitori. 

 

Devant tant de succès, on peut dire que la cuisine japonaise était pleinement intégrée aux habitudes de consommation des français. Il manquait seulement un ingrédient pour que tout soit parfait : le boeuf fromage. En effet, la cuisine japonaise a plein d’atouts pour plaire aux palets d’une majorité de français, mais rendre un plat typiquement japonais purement français est un véritable coup de génie. Mélanger du bœuf, très populaire dans l’Hexagone avec du fromage, l’un des emblèmes de notre gastronomie, il fallait y penser. 

 

Pour autant, que pensent les japonais de cette invention ? Retrouve t-on dans l’histoire de la gastronomie japonaise une association de viande et de fromage ? 

Fromage et Japon, une jeune histoire d’amour

Il faut faire un petit bond dans le temps pour mieux comprendre quand est ce que le Japon est tombé amoureux du fromage. Aujourd’hui très à la mode, il faut attendre le gouvernement de Meiji pour voir les prémices d’une industrie laitière au pays du maki, et donc du fromage. Le gouvernement poussait à l’époque la production de produits laitiers, considérés comme source de tonus et de bonne santé. Il faut tout de même attendre une cinquantaine d’années, en 1970 pour être précis, avant que le fromage soit apprécié par une grosse partie de la population. On commence à le retrouver de plus en plus dans des plats, comme les gyudon, les okonomiyaki, et même les tonkatsu !

 

Aucune trace de fromage en revanche dans les traditionnels yakitori. On notera tout de même que depuis 1970, les japonais n’ont eu de cesse de consommer du fromage, qu’il soit local ou importé, preuve que la cuisine japonaise n’est pas si figée que ça et que les goûts peuvent évoluer, au même titre que les recettes.

 

Pour conclure, on peut se dire que les brochettes boeuf fromage, au centre de toutes les discussions pendant de nombreuses années, ne sont ni françaises, ni japonaises. Elles sont à mi-chemin entre les 2 cultures, et on est pas à l’abri de voir fleurir ce genre de fusion food de plus en plus. Pour le plus grand bonheur de certains ! 

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