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Les comportements abusifs, qu’ils soient verbaux, psychologiques ou physiques, ont longtemps été un tabou dans le monde de la cuisine. Pourtant, de nombreux cuisiniers ont déjà été confrontés à de telles situations. Aujourd’hui, la parole commence peu à peu à se libérer.
Dans un article publié le samedi 7 mars, le New York Times met en lumière ce management par la peur. Une ambiance toxique aurait régné pendant des années dans l’un des restaurants les plus prestigieux au monde : Noma, à Copenhague, dirigé par le chef danois René Redzepi. Un établissement élu meilleur restaurant du monde par le classement du 50 Best en 2010, 2011, 2012, 2014 et 2021
Dans cette enquête, le chef est décrit comme particulièrement autoritaire et ayant eu des comportements abusifs envers ses équipes. Plusieurs anciens membres du personnel ont ainsi décidé de briser le silence.
“Il nous a donné des coups de poing dans la poitrine”
Tout a commencé avec le témoignage de Jason Ignacio White, ancien responsable du laboratoire de fermentation chez Noma. C’est lui qui a commencé à mettre en lumière cette situation problématique en publiant un message sur Instagram début février. Rapidement, son post devient viral. On pouvait alors lire :
“Noma n’est pas une histoire d’innovation. C’est l’histoire d’un maniaque qui engendrait une culture de peur, d’abus et d’exploitation.”
Dans cette publication, Jason accuse le chef de violences répétées sur ses employés. Pour appuyer ses propos, il partage plusieurs captures d’écran et témoignages transmis par d’anciens membres de l’équipe. “Il ne pouvait pas frapper les gens pendant le service, alors il les piquait sous la table avec une fourchette à barbecue”, relate l’un des messages.
Selon d’anciens employés, la violence physique était monnaie courante. Un chef australien ayant travaillé chez Noma en 2012 raconte au New York Times que pour la moindre erreur, toute l’équipe en subissait les conséquences :“Il est passé sur chacun d'entre nous et nous a donné des coups de poing dans la poitrine.”
Climat difficile, pression constante, humiliation et violences régulières : l’enquête du média américain dépeint un vrai cauchemar derrière les fourneaux. Malgré cette situation suffocante, face au prestige et à la réputation du restaurant – considéré aujourd’hui comme l’un des plus influents de la gastronomie contemporaine – beaucoup d’employés expliquent avoir continué à travailler là-bas.
La réponse de René Redzepi
René Redzepi avait déjà reconnu avoir eu le comportement d’un “monstre” dans un essai publié en 2015, avouant maltraiter et intimider ses subordonnés. Dans la même lignée, en 2022, dans une interview accordée au Times de Londres, il avait exprimé des regrets, affirmant n’avoir jamais frappé personne mais probablement bousculé des gens.
Face aux récentes accusations, il a de nouveau tenu à réagir au New York Times :“Bien que je ne reconnaisse pas tous les détails de ces témoignages, j’y vois suffisamment de ressemblances avec mon comportement passé pour comprendre que mes actions ont nui à mes collaborateurs. À toutes celles et tous ceux qui ont souffert de mon leadership, de mes erreurs de jugement ou de ma colère, je présente mes plus sincères excuses et je me suis engagé à changer.”
Il précise avoir suivi une thérapie et avoir depuis “trouvé des meilleures façons de gérer sa colère.”
Ces révélations surviennent alors que Noma a fermé ses portes à Copenhague fin 2024, une décision qui n’est pas liée à ces accusations. Cependant, l’actualité du chef relance l’attention de la presse américaine : un Noma éphémère doit ouvrir à Los Angeles pour une série de dîners très exclusifs à partir du 11 mars.