Adobe Stock
Le marché du poulet cuisiné a augmenté de 25% en France ces cinq dernières années - porté par une vague de street food de plus en plus florissante avec des enseignes qui « popent » et font le buzz notamment auprès des jeunes et sur les réseaux sociaux. C’est le cas de l’enseigne Tasty Crousty, véritable phénomène du moment mais également de Master Poulet.
Master Poulet, le succès d'une enseigne qui divise
Avec 10 000 tonnes de volailles écoulées en 2025 à travers ses 50 points de vente, Master Poulet est devenue une enseigne incontournable, principalement en région parisienne. Mais après des implantations à Asnières, Châtillon ou Rueil-Malmaison, l'enseigne se heurte à la résistance de Saint-Ouen, qui tente d'empêcher son installation au nom de la lutte contre la malbouffe. Pourtant, le succès auprès des clients ne se dément pas grâce à des prix imbattables : « J’ai trois pilons, du riz et une boisson pour 7 euros, alors qu’un menu chez McDonald's en coûte 13 ! Avec l’inflation, tout est devenu trop cher », confie un habitué à France Info. Ici, le pilon de poulet épicé s'affiche à seulement 1 euro et la barquette de pommes de terre à 2,50 euros. Une offre pour le moins alléchante.
Quand le succès commercial dérange le voisinage
À Boulogne Billancourt, l'implantation de l'enseigne ne plaît pas à tout le monde. Bien que la file d’attente soit toujours importante, certains riverains font part de leur mécontentement face aux odeurs de cuisson, à la foule devant l’enseigne et au niveau sonore en soirée. Un habitant témoigne de son exaspération sur le site de France Info : "L'appartement est à vendre. Ça vous étonne ? Ça sent le poulet. Il y a eu des plaintes de riverains pour les odeurs, les files d'attente, le bruit que ça génère le soir. Si vous habitez là, vous ne pouvez plus ouvrir vos fenêtres !".
Après plusieurs contrôles d’hygiène et des relevés olfactifs diligentés par la municipalité, aucun manquement n'a été constaté. Master Poulet opère en conformité avec les normes sanitaires et techniques en vigueur, rappelant que, selon la loi, chaque commerce jouit de la liberté d’installation. La ville se retrouve donc dans une position délicate, entre les plaintes des administrés et le respect scrupuleux du cadre légal par l'établissement.
Face à cette impasse, le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, a choisi une méthode beaucoup plus radicale. Depuis l'ouverture d'un point de vente mi-avril au pied de la mairie, l'élu socialiste a littéralement déclaré la guerre à l'enseigne, allant jusqu'à faire poser des blocs de béton devant la terrasse pour en bloquer l'accès. Il accuse l'établissement d'avoir ouvert sans l'intégralité des autorisations nécessaires.
Pour l'élu, le combat dépasse le cas particulier de Master Poulet :" Le sujet, c'est la prolifération de la "junk food" qui engendre des nuisances sonores, olfactives et des attroupements", affirme-t-il. Sa priorité est désormais de protéger la diversité commerciale de sa ville : "Le fait qu'il y en ait trop pose problème. Notre objectif est de multiplier les commerces de qualité pour promouvoir une véritable démocratisation de l'excellence".
La contre-attaque de Master Poulet
Face à la volonté de la mairie de Saint-Ouen de privilégier des commerces plus "haut de gamme", Master Poulet choisit la contre-attaque et la provocation. Sur la façade du restaurant, une banderole annonce fièrement :"Nous sommes ouverts… et nous n'augmenterons pas nos prix, n’en déplaise à Karim". Une pique directe qui a poussé la municipalité à porter plainte pour diffamation. Jusqu’ici discrète, la direction de l'enseigne sort du silence. Nabil B., adjoint du PDG, dénonce des "méthodes de cow-boy" et voit dans ce conflit une dimension purement politique liée à la transformation du centre-ville."Ça le gêne peut-être qu'on soit présent sur le meilleur emplacement. Si on était deux rues derrière, on nous dirait bienvenue. On préférerait peut-être avoir un commerce plus "noble", mais dans les faits, ce qui marche, c’est Master Poulet", affirme-t-il.
L'enseigne rejette également les accusations de malbouffe et les critiques sur la provenance de ses produits. "On fait du poulet rôti, pas de la friture. Notre viande est européenne, issue de Pologne ou d'Espagne, car aucun fournisseur français n'est capable de répondre à nos volumes actuels", assure Nabil B.
Si la justice a fini par donner raison au fast-food en ordonnant le retrait des blocs de béton posés par la mairie, le bras de fer ne s'arrête pas là : les obstacles ont été immédiatement remplacés par des bacs à fleurs géants installés devant les vitrines. Une "guerre du poulet" qui continue de passionner les réseaux sociaux, entre défense du pouvoir d'achat et lutte pour la diversité commerciale.