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Voici pourquoi vous avez du mal à vous arrêter quand vous grignotez des chips

Que vous soyez posé dans votre canapé, que vous reveniez d'une journée de travail épuisante ou que vous soyez à un apéro entre amis, le paquet de chips saveur barbecue n’est jamais bien loin. Et, une poignée en appelant une autre, vous voilà arrivé à la fin du paquet. On a demandé à un spécialiste pourquoi il est compliqué de s'arrêter quand on commence à manger des chips. Voici sa réponse.

On est bien là, non ?

La consommation de chips est liée à un moment de plaisir. Adobestock

L'apéritif entre amis n'a débuté que depuis 1 heure que, déjà, vos invités ont vidé les ramequins de cacahuètes et de chips. Au lieu de pester à l'idée d'ouvrir un énième sachet, prenez-le comme un compliment. Ca pourrait être le signe que vos amis passent un bon moment.

 

Cette consommation de chips est liée à des moments particuliers, comme un apéritif entre amis. Forcément, on est détendu, on apprécie le moment et on fait moins attention à ce que l’on mange” explique le Professeur Serge Luquet, spécialiste du contrôle central du comportement alimentaire et de la dépense énergétique.

 

Concrètement, voilà comment ça se passe dans votre cerveau : pendant que votre main s’approche du paquet, le cortex et le striatum passent en mode négociation. Pour mieux comprendre, imaginez d'un côté Catherine, l'amie qui veut tout contrôler, en train de raisonner Colin, le plus jeune de la bande qui s'est fait tatouer "Carpe diem" dans le bas du dos et qui se laisse tenter par ce qui lui fait envie, à savoir le gras et le sucre. Quand Colin mange des chips, il libère de la dopamine, une hormone liée au plaisir.

 

Si l'on grignote, c'est donc parce que Colin (la zone du cerveau appelée striatum et responsable des envies) est très intéressé par ces chips. Catherine (le cortex chargé de raisonner nos décisions, vous suivez ?) est assez conciliante avec Colin et elle l'autorise à se faire plaisir, tout en le gardant à l'oeil. Finalement, ils trouvent un terrain d'entente. Mais parfois, ça ne suffit pas.

 

Après l’effort, le réconfort

La comfort food agit comme un anxiolytique. Adobestock

Avouons-le : après un coup de mou ou une journée hyper stressante, on est bien content de s'affaler sur le canapé et de se relaxer avec une glace à la pâte de cookies, du chocolat, des chips ou des lasagnes maison pour nous remonter le moral. Ce réconfort lié à la nourriture n'est pas dû au hasard, mais à un mécanisme bien connu.

 

Ce genre de nourriture agit comme des anxiolytiques. Leur rôle est de nous déstresser, de nous faire nous sentir mieux” précise le Professeur. Cette réponse ne vous rappelle rien ? Souvenez-vous : il y a quelques mois, on avait demandé au psycho-nutritionniste Jean-Philippe Zermati pourquoi on mange plus quand on est stressé. Lui aussi nous avait parlé du grignotage émotionnel. Et si, au lieu de grignoter pour évacuer ce stress, on courait, on nageait, on pédalait, on patinait ? "En faisant du sport, vous libérez des molécules de bien-être qui réduisent le stress" précise M. Luquet. Sans stress, pas besoin de vider le paquet de chips pour chasser l'anxiété. La boucle est bouclée.

 

La dernière raison qui peut expliquer cette appétence pour les chips (et plus généralement tous les aliments gras ou sucrés), c'est notre ADN. Oui oui, vous avez bien lu. Si, à la fin d'une journée éprouvante, vous avez craqué sur le paquet de chips et pas sur les brocolis, il y a une raison nichée au sein de l'ADN des mammifères, et c'est en partie la faute de vos gènes (bon, ce n'est qu'une des trois raisons, mais on aime bien leur faire porter le chapeau).

 

Mon attirance pour le gras et le sucre est (en partie) dans mes gènes

L'appétence pour le gras et le sucré est dans nos gènes. Adobestock

Pas besoin d'être un génie pour savoir que les chips sont très grasses. Preuve en est : sur 100g de chips, il y a 51g de glucides (des sucres) et 34% de lipides (du gras). Forcément, si on est attiré par tous les aliments gras et sucrés, on va avoir du mal à résister à une tentation pareille.

 

Pour comprendre ce mécanisme, il faut embarquer dans la DeLorean et remonter jusqu'à la préhistoire. A l'époque, la survie de nos ancêtres dépendaient de leur capacité à trouver de la nourriture riche (grasse ou sucrée). Et à l'époque, pas question de compter les calories. C'est même tout l'inverse comme le démontre Serge Luquet. “Plus la nourriture était riche en gras ou en sucres, mieux c’était. Chaque calorie permettait de faire des réserves pour survivre jusqu’au lendemain. Même quand on n’avait plus faim, ce surplus de calories était le bienvenu pour préparer les prochains jours de disette”.

 

De fil en aiguilles, les gènes, les processus physiologiques et les comportements se sont spécialisé dans cette quête de nourritures riches. Pas étonnant donc que l'on soit friands de travers de porc marinés, de tuiles au paprika et de bonbons, on a hérité ça de nos ancêtres. Si ce mécanisme de survie hérité de l'âge de pierre contribue certainement à nos petits péchés gourmands, ça nous va. Mais n’oublions pas que nous avons aussi hérité de processus d’une capacité à prendre des décisions  en faveur de notre santé, parfois cela passe aussi par la modération.

 

Un grand merci à M. Serge Luquet, directeur de recherche au CNRS et directeur d'équipe dans l'unité de Biologie Fonctionnelle et Adaptative à l'Université de Paris.

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