Directement perçu comme un concurrent sérieux dans l’émission Top Chef, Glenn Viel n’aura pas mis longtemps à conduire un participant de sa brigade jusqu’à la victoire. Arrivé en tant que juré en 2022, il remporte le précieux sésame cette année, en 2025, avec son candidat Quentin Mauro.
Un mètre quatre-vingts sept, des lunettes rondes, des cheveux gris toujours attachés en chignon et une bonne humeur communicative, le chef Glenn Viel a apporté un vrai vent de fraîcheur au programme. Il a redistribué les cartes et a marqué les esprits avec sa soif de compétition et sa motivation inépuisable. Plus qu’un mantra, pour lui, c'est sa philosophie : “J’ai pris le parti pris de ne jamais me plaindre. C’est un trait de caractère. Soit vous êtes un fonceur, soit vous vous apitoyez sur votre sort” nous confie le chef.
Une façon de penser qui fait indéniablement écho à son histoire personnelle. Histoire qu’il a décidé de dévoiler dans son nouveau livre “Cuisine d’un cancre”. Glenn Viel nous a parlé de ce livre si personnel dans lequel il se raconte.
"C’est toujours assez pesant pour moi de lire, d’écrire"
- Pourquoi ? A cause de la dyslexie.
- Comment cela se traduit ? “C’est assez pesant pour moi de lire, d'écrire. Ce n’est pas un exercice simple”.
- Encore aujourd’hui ? “Oui, c’est surtout pour la lecture. Si je suis tout seul et qu’il n’y a personne qui me regarde, ça va à peu près mais dès qu’il y a du monde autour ça me stresse. Dès qu’on me regarde écrire… Ce n’est pas que ça me tétanise mais je me sens mal à l'aise. Je me sens observé et jugé, mais c’est dans ma tête”.
Le chef Glenn Viel s’est rapidement senti à l’étroit sur les bancs de l’école. Dyslexique depuis l’enfance, cette différence s’est vite fait sentir. “C’était la galère. Vous êtes au fond de la classe, les journées sont longues, vous n’avez pas envie…. C'est quelque chose d’assez laborieux. Le milieu scolaire n’est pas un milieu où l'on peut tous se sentir bien”.
À l’époque, on ne parlait pas encore de dyslexie : “Globalement tu étais un cancre”.
Cancre - nom : Familier. Élève paresseux, très mauvais élève. - C’est ce mot que Glenn Viel a entendu une bonne partie de son enfance. C’est ce mot qui a fait écho en lui, devenant ainsi le point de départ de l’écriture de ce livre et de son titre, Cuisine d’un cancre.
"Je vais leur montrer qu’ils se sont trompés"
“Tu n’es qu’un bon à rien, tu n’y arriveras jamais”. Face à cet échec scolaire, les mots de ses enseignants et de ses parents étaient durs. Des phrases qui en auraient découragé plus d’un. Mais pas lui. “J’étais un peu tout seul dans ma tête à ce moment-là. Ce n’est pas toujours très fin, ni agréable, mais ce n’est pas grave. Je ne pense pas qu’ils le disaient par méchanceté”.
Cela ne l’a néanmoins pas arrêté, bien au contraire. “Le fait que l’on vous répète cela, ça vous donne un prétexte, une excuse à votre non performance, mais moi je ne l'entendais pas ainsi. Dans la vie tu as deux raisons d’avancer : ceux qui croient en toi et ceux qui ne croient pas en toi. Quand on est jeune c’est vrai ce n’est pas facile, mais après en grandissant tu te dis “je vais leur montrer qu’ils se sont trompés””.
C’est donc avec cette mentalité que le chef a appris à contourner les obstacles. Il raconte : “Je me suis écouté et ça m’a plutôt bien réussi. Au lieu de passer sur une ligne droite j’ai pris des sentiers battus. Il fallait que je contourne pour finalement arriver au même résultat ”.
"J’ai toujours eu le sentiment que j’allais m’en sortir"
Pour Glenn Viel, l’intelligence ne se mesure pas aux étoiles ni aux distinctions, mais à la capacité de suivre son instinct et de s’écouter soi-même. Comme le dit le proverbe, “Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l’ont fait.” Une philosophie qui résume son parcours : avancer malgré les doutes, rester fidèle à soi-même, et transformer chaque défi en une nouvelle réussite. “J’ai toujours eu le sentiment que j’allais m’en sortir et que j’allais y arriver. Depuis tout petit. Je n'avais pas l’impression d’être non plus à des kilomètres des autres. Et finalement, je m’en sors pas si mal que ça, la vie est plutôt cool”.
“Je suis toujours dyslexique. J’ai encore beaucoup de doutes” admet-il, mais aujourd’hui, sa réussite est pour lui une petite revanche. : “Dans la vie, tu trouves des solutions pour arriver à ce que tu veux. C’est un trait de caractère - soit vous êtes un fonceur, soit vous vous apitoyez sur votre sort. Je pense que c’est une forme de génétique comme la dyslexique”.
"Je trouvais que d’être à table c’était toujours rassurant "
Aux commandes des cuisines de l’Oustau de Baumanière depuis 2015, véritable monument gastronomique, c’est avec sa cuisine singulière que Glenn Viel marque les esprits. En 2020, le Guide Michelin lui attribue trois étoiles. Il devient alors le plus jeune chef français triplement étoilé. Par la suite, il est également élu chef de l’année par ses pairs lors des Trophées du magazine Le Chef.
La cuisine est aujourd’hui le terrain de jeu préféré de ce grand enfant. C’est à travers ses assiettes qu’il s’exprime désormais : “Je pense que tous les cuisiniers sont des artistes. On est un peu comme des poètes. On a un alphabet, qui sont les produits, on a sensiblement tous les mêmes et comme un poème il faut construire ses plats comme des phrases, selon ce que l’on ressent. Le principal c’est de rester sincère dans ce que l’on propose”.
Dans son livre, on apprend que Glenn Viel aurait pu être humoriste ou gendarme comme son père. Mais c’est finalement la cuisine qu’il a choisi. Avant de passer derrière les fourneaux, c’est d’abord autour d’une table, une fourchette à la main qu’il se sent bien : “J’aimais bien manger. Je trouvais que d’être à table c’était toujours rassurant, que c’était un moment qui rassemble, un moment de partage. On prenait beaucoup de plaisir quand un plat était bien cuisiné et on était heureux de faire à manger pour les autres. J’ai le souvenir quand ma grand-mère faisait à manger, avec mon père, tous réunis à table… c’était mémorable”.
"Je pense que la cuisine ce n’est pas une démonstration c’est une forme de ressenti"
Bien loin des bancs de l’école, en cuisine, Glenn Viel fait ses armes et découvre un univers qui lui plait : “ Je me débrouille, ça se passe bien. Je prends de l’assurance car je ne suis plus le dernier donc forcément ça fait du bien. Lors des TP, j’ai la niaque. Il y a une forme de compétitivité que j’aime beaucoup comme le sport. J’aime bien ce monde où il faut se surpasser par moment, il faut aller chercher dans ses réserves”.
Outre le challenge, c’est la créativité qui l’attire également dans ce métier de cuisinier : “J’ai beaucoup rêvé étant plus jeune. Le rêve c'était un échappatoire. J’ai beaucoup cogité. J'aime me créer un monde parallèle. Cela m’a permis de cultiver cet univers en grandissant, de rester un peu dans un monde imaginaire”.
Au-delà de mettre du goût dans ses assiettes, l’important pour le chef, c’est de mettre du cœur.
Le chef Glenn Viel explique avoir voulu “laisser une petite trace de son passage en cuisine” mais pas uniquement à travers des recettes - puisque comme il le dit “la cuisine c’est tout sauf des recettes”- mais plutôt à travers une interprétation… son interprétation : “On parle de psychologie à travers la cuisine, avec l'esthétisme, les mots, la beauté des plats… Qu'est ce que vous dit un plat quand il est très beau ? Il vous dit qu’il est très bon. Je pense que la cuisine ce n’est pas une démonstration c’est une forme de ressenti”.
"Dans ce livre je parle du cuisinier mais je parle de l’homme et de l'enfant aussi"
Loin d’être un “simple” livre de recettes de cuisine, page après page, le lecteur apprend à découvrir qui est véritablement Glenn Viel : “Je parle du cuisinier mais je parle de l’homme et de l'enfant aussi. J’aime bien que l’on apprenne à connaître l’homme à travers le cuisinier et le cuisinier à travers l’homme car pour moi ce n’est pas dissociable”.
À travers les photos, les vieux bulletins scolaires, les histoires de famille, l’approche de la cuisine…. Le jeune Glenn Viel nous prend par la main et nous emmène découvrir son monde. “On sent l'âme de l'enfant encore, je pense. C’est un peu l’idée et j’espère que les gens le verront comme ça”.
Un mot de fin ? “J’espère que certaines personnes se retrouveront dans ce bouquin. S’il peut susciter des envies, des sourires et des rires alors c’est le principal. Je pense qu’on peut tous y arriver, que l’on a tous des difficultés pour certaines choses et des facultés pour d'autres. Finalement, c’est à nous de se chercher, de savoir qui on est vraiment pour répondre présent”.
Paru en novembre dernier chez Hachette Pratique, Cuisine d’un Cancre est disponible en librairies et en ligne. Cette interview n’est qu’un aperçu du récit intime et inspirant que le chef partage dans ses pages.