Adobe Stock
Tout le monde connaît son théorème, mais peu de gens savent que Pythagore était l'un des premiers grands penseurs de l'Histoire à refuser de manger de la viande. Dans l’Antiquité, on ne parlait d’ailleurs pas de « végétarisme » (un mot apparu bien plus tard), mais de « régime pythagoricien ».
Pourquoi ce génie des nombres a-t-il choisi de bannir les animaux de son assiette ? Son refus n'était pas un simple caprice alimentaire, mais le pilier d'une philosophie spirituelle et éthique profonde.
La métempsycose : L'âme au cœur du régime
L'argument le plus célèbre de Pythagore est celui de la métempsycose, ou la transmigration des âmes. Pour lui, l’âme est immortelle : après la mort, elle voyage d'un corps à un autre, qu'il soit humain, animal ou végétal.
Dans cette vision du monde, la frontière entre l'homme et l'animal s'efface. Tuer un veau ou une poule, c’est prendre le risque de tuer - et de manger - un ancien humain, voire l'un de ses propres proches réincarnés. Comme l'explique le philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer dans son ouvrage Éthique animale, le respect de l'animal chez Pythagore est un prolongement du respect de l'homme. Manger de la chair animale frôle alors l'interdit suprême : le cannibalisme.
L’ascétisme : Libérer l’esprit par le corps
Au-delà de la réincarnation, Pythagore prônait le végétarisme pour mener une vie ascétique. Selon lui, le contrôle des pulsions alimentaires est la première étape pour maîtriser son corps. En évitant la « lourdeur » de la viande, l’esprit devient plus léger, plus pur, et trouve plus facilement sa voie vers la haute philosophie.
Cette discipline de vie est restée gravée dans les textes anciens. Au Ier siècle après J.-C., Apollonius de Tyane écrivait ainsi à son sujet : « Pythagore n’avait jamais voulu se vêtir d'étoffes fournies par la dépouille des animaux, il s’est abstenu de viandes et de tous sacrifices qui ont coûté la vie à un être animé. »
Le choc des philosophies : Pythagore face aux Stoïciens
Si Pythagore a instauré les bases de l'éthique animale, son courant s'est heurté à une opposition radicale : le stoïcisme.
Contrairement aux pythagoriciens, les stoïciens (comme Cicéron) affirmaient la supériorité absolue de la nature humaine. Pour eux, les animaux ne sont pas dotés de raison et n'ont pas de langage. Puisqu'ils ne pensent pas, ils sont exclus de toute considération morale. Ils ont été créés comme une simple ressource, destinée à être utilisée par l'Homme pour sa peau ou sa viande.
Un héritage vieux de 2500 ans
En résumé, le végétarisme de Pythagore reposait sur trois piliers :
- La pitié et la compassion envers les êtres sensibles.
- Le refus de la souillure (ne pas ingérer une âme).
- L'ascétisme pour atteindre la sagesse.
Pythagore n'était pas seulement un pionnier de la géométrie, mais un véritable visionnaire de la cause animale. En liant son alimentation à sa conscience, il a prouvé que ce que nous mettons dans notre assiette est un choix philosophique majeur. Un débat qui, 2500 ans plus tard, n'a jamais été aussi actuel.