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Être cheffe : Un milieu sexiste ?

Si la parole pour dénoncer les violences sexuelles et sexistes se libère de plus en plus, l’univers de la cuisine reste encore très tabou sur le sujet. Entre sexisme "ordinaire", peur de dénoncer ou même accusations classées sans suite, il est difficile pour les femmes de se faire entendre. 

@ Adobe Stock/ Le sexisme vécu par les femmes cheffes 

Un monde très masculin

Malgré de nombreuses initiatives, les violences persistent dans un milieu considéré comme très machiste. Si dans la plupart des écoles, la parité est respectée, on ne la retrouve pas dans la cuisine professionnelle. Selon une étude de l’Insee, les femmes n'occupent que 28 % des postes de cuisiniers et 17 % des postes de chefs dans le milieu professionnel. De même que sur les 638 restaurants étoilés du Guide Michelin 2021, seuls 39 établissements sont tenus par des femmes, soit à peine 6 %. En cause : les jeunes femmes sont testées pendant leur stage et nombre d’entre elles abandonnent après ce dernier. Si vous voulez en savoir plus, voici notre article qui se demande si la cuisine est genrée

L’école mise en cause

L’école est aussi à l’origine de ces problèmes puisqu’elle normalise le sexisme et les violences que pourraient subir les élèves. Les établissements vont parfois jusqu’à instaurer un climat sexiste de la part des profs mais aussi de certains camarades. Léa, ancienne élève du lycée Escoffier, témoigne : “ Je dérangeais car j’étais une fille et que je réussissais.” Dès son arrivée dans l’établissement, on lui fait ressentir que c’est un métier d’hommes où elle n’a pas sa place : “ Les femmes doivent être deux fois plus dures pour se faire respecter”. Selon elle, la vraie problématique est le manque de management qu’ils n’apprennent pas à l’école : “ Un homme ne se comporte pas en cuisine avec une femme comme il se comporte avec un autre homme. Tant que l’on n’apprendra pas ça, les choses ne pourront pas changer.”

 

En parallèle, le journal Le Monde rapporte des témoignages d’élèves selon lesquels les filles de seize ans sont sexualisées, soumises à des blagues sexistes et parfois même des attouchements. On leur fait comprendre que ça fait partie du métier. À peine les études commencées, on annonce aux élèves que le milieu est difficile et que tout le monde est passé par là. Si certaines écoles ont pris les choses en main et proposent des programmes de sensibilisation, elles ne restent que trop peu à agir. Par exemple, à l’école Ferrandi, une troupe de théâtre intervient pour les premières années. Cet atelier permet d’aborder les difficultés, notamment liées au sexisme et à l’intolérance, que les élèves peuvent rencontrer. Dans les cas où ces problèmes sont laissés de côté, des organismes ont vu le jour afin de pallier ce manque de prévention. 

L’association “Respecte ta cuisine”

Après avoir porté plainte contre le Chef Guy Martin en 2020 pour viol, la cheffe Florence Châtelet Sanchez a fondé l’association “Respecte ta cuisine” pour sensibiliser aux violences en cuisine et venir en aide aux victimes. Cette association met à disposition des ressources dont une ligne d'appel ainsi qu’un appui juridique pour les victimes. Son rôle ne s’arrête pas à ça puisque “Respecte ta cuisine” propose aussi des formations à l'adresse des chefs et des managers. Le but est de les former sur les bonnes pratiques à avoir en cuisine en matière d’inclusion et d’égalité. 

 

 
 
 
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Le #MeToo de la cuisine

A travers son compte Instagram @ Jedisnonchef, Camille Aumont-Carnel recense de nombreux témoignages allant du sexisme “ordinaire” aux agressions sexuelles vécus en cuisine. Ancienne élève de Ferrandi, elle a elle-même subi ce harcèlement lorsqu’elle a travaillé en cuisine de ses 17 ans à 21 ans. Si au début, les témoignages venaient de son cercle proche, ils se sont rapidement étendus à des centaines de personnes qui ont tu ce qu’elles ont vécu pendant des mois voire des années. C’est un compte qui a des limites puisqu’il ne donne aucun nom (que ce soit du côté des victimes ou des agresseurs). Il est avant tout là pour libérer la parole. 

 

 
 
 
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Une libération de parole difficile

La libération de parole a émergé en 2015. C’est à ce moment que les premières enquêtes sont faites et que les femmes commencent à dénoncer ce qu’elles subissent en cuisine. Si dans le monde de la cuisine, certains noms sont connus pour être problématiques, personne n’ose témoigner à cause des représailles. Comme c’est le cas pour beaucoup d’autres milieux, le silence est grand car les femmes ont peur de perdre leur travail et ne se sentent pas écoutées.

 

C’est un milieu très machiste qui ne réalise pas à quel point il est touché par ces violences sexistes et sexuelles. Difficile pour ces femmes de témoigner quand on leur dit que c’est normal et que ça ne changera pas. Bien souvent, les auteurs de violence ne sont pas sanctionnés. Comme la France est le berceau de la gastronomie, il ferait tache de voir les noms de grands chefs ressortir. Cela contribue à l'étouffement de certaines affaires et à une banalisation de ce qu’il peut se passer en cuisine. 

Du changement en vue ?

Face à l'émergence de ces associations et de ces témoignages, on peut espérer que le milieu de la cuisine change. C’est en apprenant aux plus jeunes que ces comportements ne sont pas normaux et qu’il ne faut pas les reproduire que l’on peut espérer une évolution. #MeToo a changé des choses dans le milieu du cinéma avec la condamnation d’Harvey Weinstein, on attend qu’il fasse sa révolution en cuisine. Il se peut que cela prenne du temps mais les auteurs finiront par être punis. En attendant, on revient sur les portraits de huit femmes qui nous inspirent dans le monde culinaire.

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