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Si le harcèlement scolaire est davantage mis en lumière ces dernières années, dans certains secteurs la parole peine encore à se faire entendre. C’est le cas, par exemple, dans la restauration. La santé mentale est parfois mise à rude épreuve. La pression qui accompagne ce métier peut être difficile à gérer et certains chefs n'aideraient vraiment pas à cela. Plusieurs cuisiniers ont décidé de se livrer sur leur parcours et sur les épreuves difficiles qu’ils ont pu vivre au cours de leur carrière. Il y a quelques mois, la rédaction de 750g avait d’ailleurs interrogé un ancien candidat de Top Chef sur le sujet, Jérémie Falissard. Il s’était justement confié sur ces périodes compliquées de sa vie de chef.
Dernièrement, c’est le chef star des réseaux sociaux Eloi Spinnler qui s’est livré dans une vidéo de France Info, avouant avoir été victime de harcèlement alors qu’il était apprenti à 13 ans. Voici son histoire, il raconte.
“J'ai été victime de harcèlement sur ma première année d'apprentissage”
Alors qu’il était apprenti, à seulement 13 ans, Eloi Spinnler confie à nos confrères de France Info avoir été victime de violences en cuisine "J'ai été victime de harcèlement sur ma première année d'apprentissage. J'étais très jeune, 13 ans. J'en garde beaucoup de colère” affirme le cuisinier. L’un des souvenirs les plus marquants et traumatisants de cette époque est lorsque l’un des membres de l'équipe où il travaillait lui a mis ce qu’on appelle “une olive” - une pratique répandue notamment dans les cours d'école qui consiste à mettre un doigt dans les fesses d’un camarade par-dessus ses habits et sans son consentement. : “ Ça n'a rien à faire sur un poste de travail, poursuit Eloi, un adulte de 22 ans n'a absolument pas à faire ça à un enfant de 13 ans”. Mais cette dérive n’est pas la seule que le chef raconte.
A l’époque, il se souvient de nombreux autres écarts : "Ça passe par des cuillères chauffées à blanc, des portes de frigo fermées sur le bras d'un autre apprenti. Ça passe par une droite, un tirage d'oreille, des rabaissements, des phrases comme “Tu n'es qu'un bon à rien, tu n'arriveras jamais à rien !', des insultes...". Pour le chef Eloi Spinnler, ce n’est pas un comportement sain, c’est certain : "Il y a tout un mécanisme avant d'en arriver là. Il y a déjà une normalisation de la violence".
“ Un jour, j'ai menacé un de mes gars”
Aujourd’hui, le chef est patron de deux restaurants. Il est passé de l’autre côté de la barrière. Mais comment devenir un bon chef quand soi-même nous n’avons pas connu les bons schémas ? Eloi Spinnler le reconnaît, au début, cela s’est avéré particulièrement compliqué : "Dans mon premier poste de chef je travaillais trop, je ne me sentais pas forcément toujours soutenu. Un jour, j'ai menacé un de mes gars. Mettre un tir à quelqu'un et le voir partir en cuisine la larme à l'œil, moi, ça m'a flingué."
Aujourd’hui, le chef est vigilant et met un point d'honneur à ne pas reproduire lui-même les comportements qu’il a pu connaître de la part de ses responsables. Avec son associé, Benoît Piante, la santé mentale des employés reste une priorité. Pour cela, ils ont, par exemple, mis en place un système de badgeuse afin que les employés pointent chaque jour :"Ça permet d'identifier le volume d'heures qu'ils font et ensuite, en fonction de ces heures, on peut adapter le planning", détaille Eloi Spinnler. "Avant, ils travaillaient quatre jours par semaine, et là, on est en train d'essayer de les passer à trois jours et demi".
Dans cette même démarche, Eloi Spinnler confie à nos confrères de France Info rêver à terminer "d'un macaron apposé aux restaurants qui respecteraient une charte de bien-être au travail."